Renée Greusard, Maïa Mazaurette ou encore Ovidie écrivent sur la sexualité, comme d’autres suivent la politique. Un métier qui ne manque pas de déclencher les fantasmes.

Par Robin Richardot Publié le 22 décembre 2019 à 17h05 – Mis à jour le 26 décembre 2019 à 05h58

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ERIC YAHNKER POUR « M LE MAGAZINE DU MONDE »

Renée Greusard jette un rapide coup d’œil autour d’elle. Dans ce bar-restaurant de Montreuil, quelques clients sont attablés un peu plus loin.« On va peut-être essayer de ne pas parler trop fort »,propose-t-elle. Dans la foulée, elle évacue toute possibilité de gêne.« Après, ça ne me dérange absolument pas de parler de sexe. »Cela tombe bien. À 35 ans, cette journaliste est ce qu’on pourrait appeler « une rubricarde cul ». De ses premiers articles sur La Fistinière, une maison d’hôtes gay, à sa série en cours« Tinder surprise », elle traite, depuis 2011, divers sujets concernant la sexualité et les questions de genre pourRue89. « J’avais fait une école de journalisme prestigieuse, mes parents avaient raqué pour ça et j’allais écrire sur le sexe,retrace la jeune femme en se servant un verre de Coca-Cola Light.C’était complètement fou et en même temps tellement bien. »En effet, difficile d’envisager ce plan de carrière quand elle sort de l’ESJ Lille, en 2009. Même si elle reconnaît qu’elle a toujours été intéressée par les tabous et le secret.« Tu ne deviens pas rubricarde cul si tu es classique,théorise-t-elle.Il faut avoir un petit grain pour faire ça. »

À l’époque, le sexe est en pleine quête de légitimité dans les médias généralistes français. Le sujet est surtout réservé à la presse genrée (féminine, surtout). Pour le reste, il doit se contenter d’être un marronnier d’été, alors qu’il s’invite régulièrement dans les pages duGuardianou duNew York Times.Lessex columnistset la presse anglo-saxonne ont popularisé l’affaire, bien aidés par la sérieSex and the City,à la fin du XXe siècle. Son personnage principal, Carrie Bradshaw, chroniqueuse auNew York Staret interprétée par Sarah Jessica Parker, s’inspire directement de la vie de Candace Bushnell, l’auteure du livre dont est tirée la série.« Mes amis m’appellent Carrie Bradcheap, la Carrie Bradshaw du pauvre »,plaisante Renée Greusard, tout en précisant que la vie de l’Américaine n’a pas grand-chose à voir avec la sienne.

Un domaine légitime et sérieux

Il n’empêche queSex and the Citya changé la façon dont on parle de la sexualité dans les médias. Avec son blog« Les 400 culs », hébergé parLibérationdepuis 2007, Agnès Giard a été une pionnière en France, abordant le sexe d’un point de vue anthropologique. Depuis, si le sujet reste sulfureux et tabou, les principaux titres généralistes français ont tous leur chronique spécialisée. En pleine période de redéfinition des codes du genre et de la séduction, le sexe devient un domaine légitime et sérieux pour parler d’intimité ou pour questionner la société.« Mais il y a encore du boulot,prévientMaïa Mazaurette.Les gens estiment qu’il s’agit d’un sujet privé. Ils pensent que leur chambre à coucher est complètement étanche, dépolitisée et qu’elle n’est pas culturelle. »

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