برنامه های کاربردی de rencontre ، و au-delà

Translating…

Depuis le début du confinement, l’application de rencontre Tinder a élargi l’accès à sa fonctionnalité « Passeport » pour que celle-ci ne soit plus réservée uniquement aux utilisateurs premium. Désormais, les millions de personnes inscrites à la plateforme pour célibataires peuvent choisir de se téléporter à travers le monde, en choisissant de nouvelles villes où il sera possible de « matcher » avec des habitants, et commencer des conversations.

Parmi ces voyageurs virtuels, il y a Beatriz. Depuis Fortaleza au Brésil, la jeune femme de 21 ans fait défiler de multiples profils de garçons sur son écran. Tous sont basés à Montréal au Canada. Beatriz a choisi de s’y localiser pour une raison très spéciale.« Je veux pratiquer mon français, et à Fortaleza, surtout en cette période de confinement, je n’en ai pas l’occasion. Il y a quelques mois, j’ai passé une semaine de vacances à Montréal, et j’y ai découvert que les gens y parlaient couramment français, tout en maîtrisant parfaitement l’anglais »,m’expliquait-elle.

Il y a un mois, Beatriz n’aurait jamais pensé ouvrir Tinder pour y pratiquer une langue étrangère. Depuis le début du confinement pourtant, son usage de l’application de rencontre a changé, au même titre que sa vie sociale a été bouleversée. En quelques jours, ses interactions avec d’autres personnes ont fortement baissé, en se limitant surtout avec sa famille, au téléphone.« Je suis restée dans mon appartement, je n’avais pas envie de revenir chez mes parents et augmenter les chances que l’on soit infecté », expliquait-elle.

Derrière cette situation, il y a la pandémie du COVID-19. Au Brésil comme partout ailleurs, les mesures sanitaires ont arrêté les villes, tout en faisant exploser l’usage des outils numériques, et de la communication via Internet. Un changement profond, qui aurait dû être un cauchemar pour les applications de rencontres. Malgré leur immunité numérique, leur principe se repose essentiellement sur des rencontres physiques. Après des premiers contacts via l’application – d’éventuels approfondissements sur Instagram et autres – l’usage de ces plateformes termine généralement par des rendez-vous, au bar, au restaurant, et dans toutes ces autres situations qui nous semblent très lointaines maintenant.

3 milliards, un chiffre symbolique

Record historique

Nous sommes le lundi 30 mars, et la situation est exceptionnelle. À ce jour, plus de 3 milliards d’êtres humains sont actuellement confinés chez eux, soit près de la moitié de la population mondiale. Il est 9 heures du matin à Montréal quand une autre information paraît dans ma boîte mail. Il s’agit d’une donnée statistique relayée par l’équipe de direction de Tinder, dans un communiqué. La veille fut un jour historique, ce fut la plus grosse journée de toute l’histoire de l’application en termes d’engagement, avec plus de 3 milliards de « likes » envoyés.

3 milliards, un chiffre symbolique, auquel le lien avec le nombre de confinés à travers le monde peut difficilement m’échapper. Le signe est là, et il est vrai. Au lieu de fortement être impactées, les applications de rencontres ont enregistré tour à tour des niveaux d’activités surprenant, alors qu’une activité stable aurait déjà été exceptionnelle.

Sur l’application HER, qui vise la communauté LGBT, le décollage a démarré plus tôt dans le mois. Le 15 mars, l’entreprise enregistrait un record historique depuis son lancement. Une vague qui en a profité à tous et même aux plus jeunes, comme l’application S’More. Le numéro 1 « pour les personnes qui détestent les sites de rencontres » vient d’ouvrir son service à New York, Boston et Washington, en enregistrant l’un des plus gros lancements que l’industrie ait connus. Depuis le début du confinement, une augmentation de 30 % de son activité a été mesurée.

Tinder revenus 2020Les revenus de Tinder en mars 2020 font de l’application la plus rentable de toutes © SensorTower

L’émergence d’un nouveau comportement

Direction Santa Clara en Californie et l’appartement de Kylie Renwick. Depuis que ses cours au College of the Canyons sont réalisés tant bien que mal en vidéo-conférence, Kylie a du temps libre. Interrogée par nos confrères deForbes, l’étudiante explique :« en quarantaine, je suis beaucoup plus susceptible de glisser vers la droite […] j’ai besoin d’interactions sociales ».Le cas est typique. Il représente l’engouement des sites de rencontre en plein confinement mondial. Face à l’ennui, au manque de discussions, beaucoup de personnes choisissent d’utiliser ces services pour faire de nouvelles rencontres, même si celles-ci resteront essentiellement virtuelles.

Le plus révélateur est qu’une partie des utilisateurs ne pensent pas à l’après-confinement. Beaucoup de conversations et de rencontres ne sont faites que pour passer le temps, dans le respect des gestes barrières, et pour maintenir nos interactions sociales. Mais les motivations sont multiples, et pourraient perdurer même après, quand on ne sera plus confinés. Car à côté de vouloir faire passer l’ennui, certains cherchent à perfectionner leur français, quand d’autres comme Renwick, un Californien de 23 ans, souhaite trouver un partenaire virtuel« pour discuter jeu vidéo, et partager ensemble notre passion commune ». Sur Tinder, le jeune homme vient de rencontrer Adam, avec qui la relation se poursuit désormais surAnimal Crossing, un jeu multi-joueur en ligne de Nintendo.

Pour la première fois, les rôles se sont inversés. L’influence que les applications de rencontre avaient sur leurs utilisateurs a été dépassée, et ces derniers se sont approprié les services avec de nouveaux comportements et des nouvelles habitudes. Il y a un mois encore, l’influence se faisait plutôt dans l’autre sens. Les applications établissaient des codes bien spécifiques, un système propre à eux et souvent éloigné des rencontres classiques que l’on connaissait avant. En ces temps de confinement, un grand pas dans l’utilisation des plateformes a peut-être été fait. Mais il faudra encore que la tendance soit durable, et donc que les applications  de rencontre accompagnent cette celle-ci. Devinez quoi ? C’est déjà le cas.

Appels vidéo

Retournons quelque temps en arrière, alors que le confinement commençait à peine à toucher l’Europe.« Nous voulons vous aider à rester connectés, même si vous êtes physiquement séparés », écrivait Whitney Wolfe, la fondatrice de l’application Bumble. En ce début de mois de mars, l’entrepreneuse trentenaire n’était pas près d’imaginer que la situation qui menaçait l’activité de son entreprise allait devenir du pain bénit.

En juillet 2019, la maison-mère de Bumble venait d’installer une nouvelle fonctionnalité sur l’application : les appels vidéo. Un choix risqué à l’époque, mais dont la technologie avait déjà été financée depuis longtemps avec le site de rencontre Badoo, qui appartient au même groupe. Au fil des mois, le nouveau service fut confronté à une difficile appropriation des utilisateurs, qui n’arrivaient pas à franchir le pas de la caméra pour discuter. Durant les premières semaines du confinement pourtant, la fonctionnalité a vu son utilisation exploser. Une hausse exponentielle s’est établie entre le 13 et le 27 mars, avec une croissance de 93 % enregistrée. De la même façon, la durée moyenne des appels a augmenté en s’établissant aujourd’hui à 30 minutes. Un pas a été franchi.

L’appel vidéo est devenu la réponse la plus adéquate des applications de rencontre pour répondre aux changements d’usage des utilisateurs. Avant le confinement, on pouvait constater que la plupart des utilisateurs utilisaient les applications de rencontre pour les premiers messages, puis basculaient régulièrement sur des plateformes comme Instagram. Ce processus marque souvent un besoin de validation de l’identité, un besoin de voir plus de photos, et enfin, de passer sur des messageries moins connotées. Avec l’intégration d’un outil comme l’appel vidéo, les applications de rencontres peuvent garder leurs utilisateurs plus longtemps. S’il devient accepté de rester sur ces plateformes pour discuter, un changement profond arrivera.

D’ailleurs, certains comme Grindr réfléchissent déjà à la manière d’intégrer le nouveau service dans leur modèle d’affaires. Depuis qu’elle a lancé sa fonctionnalité, l’application propose 120 secondes par mois d’appels pour ses utilisateurs gratuits, et 5 heures pour ses utilisateurs payants. Dans un registre plus radical, l’application The Intro – qui était connue pour planifier des rendez-vous à ses matchs sans que ceux-ci puissent communiquer avant – vient elle aussi de lancer sa fonctionnalité d’appel vidéo. Résultat : une augmentation de 100 % du nombre de « dates » a eu lieu, seulement une semaine après le repositionnement total de l’application. Symbolique.

Application rencontre utilisateursSelon les prévisions, les applications de rencontre auront plus de près de 300 millions d’utilisateurs dans le monde en 2024. Quand serait-il si leur modèle allait plus loin que ce qu’il en est aujourd’hui ? © Statista

Des applications « relationnelles »

Il est difficile de prédire à ce jour si les changements que connaissent les applications de rencontre pourront réellement marquer un point de non-retour à travers nos usages. Dans le contexte actuel en tout cas, tous les feux sont au vert. Selon une étude réalisée pourMédiamétrie, la génération des milléniaux est actuellement celle où le besoin d’interactions sociales et la plus forte, car la plus développée. Cette génération est la première à avoir grandi avec Internet. Nous sommes connectés virtuellement, et le monde virtuel s’est confondu avec le monde réel.

Ces relations à travers un écran ont été en grande partie entretenues par l’émergence des réseaux sociaux. Mais si les applications de rencontre étaient amenées à élargir leur utilité, une différence resterait présente et les écarterait du modèle des réseaux sociaux. En effet, nos comportements sur les applications de rencontre se tournent vers des personnes ne reposant pas sur notre cercle social actuel. Les rencontres y sont – à demi-mot – plus aléatoires, et en tout cas plus anonymes. En ajoutant de la mobilité avec une fonctionnalité comme le « Passeport » de Tinder, et en ajoutant des outils pour discuter de façon confortable, les applications de rencontres pourraient prendre du poids et monter bien plus loin que les 300 millions d’utilisateurs que le secteur vise pour 2024.

Sans avoir détourné le modèle même des applications de rencontre, le confinement a accéléré une tendance qui allait – un jour ou l’autre – s’ériger dans notre vie sociale. Serait-ce la naissance d’une attitude sociale essentiellement virtuelle ? Il est bien évident que les applications de rencontre garderont leur utilité de rencontre physique. Mais en vue des nouveautés apportées par les plateformes pour suivre la tendance, ces applications de rencontres seraient à même de pouvoir devenir des « applications de relations », qui utiliseront la voie essentiellement virtuelle pour trouver de nouvelle façon de connecter les gens.  L’application S’More, que je mentionnais plus haut, en est le parfait exemple. Sur son site, la société se décrit comme telle : une « application relationnelle ».

Parler de relations élargira ainsi le champ des possibilités. Les aspects amoureux ou des rencontres d’un soir se mélangeront avec des motivations plus spécifiques et d’autant plus tournées sur l’humain. Les appels vidéo et le temps plus lent consacré à discuter virtuellement, pourront être tout un tas d’éléments propices à ce nouvel élan social. Dans le journalThe Sun, la journalisteYasmin Harishaen profitait pour souligner que malgré que ces nouveaux usages ne puissent« pas convenir à ceux qui utilisent les applications pour des relations occasionnelles, les personnes à la recherche d’une chose à long terme pourront en fait trouver le rythme plus lent davantage fructueux ».

En attendant, Beatriz s’est révolue d’arrêter de se géolocaliser à Montréal.« J’ai fait les rencontres que je souhaitais, et je n’en cherche pas davantage pour le moment »expliquait-elle. Il faut dire que les motivations de la Brésilienne ont changé. Désormais, son profil Tinder se localisera au Japon, dans la ville d’Osaka.« J’ai toujours rêvé de m’y rendre »reconnaît-elle, assise depuis son canapé confiné. Les valises sont prêtes. L’avenir est incertain. Mais au moins pour aujourd’hui, une solution aura été trouvée, pour mieux connecter les gens.

 

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